(…) La Chanson de Roland nous en donne un exemple quand, après la mort de Roland, Charlemagne fait prélever les cœurs des trois héros, Roland, Olivier, Turpin, pour les enchâsser précieusement dans un cercueil de marbre après les avoir enveloppés dans un linceul de soie.
Il s’agit évidemment d’un rite funéraire, répondant aux besoins de transport des dépouilles, parfois très long à l’époque. On avait l’habitude, en tout cas pour les rois, d’ouvrir les corps pour en extraire les entrailles, qu’on enterrait immédiatement sur place. Le corps lui-même était, soit embaumé avec aromates, vin et sel, soit bouilli dans du vin, puis enfermé dans des peaux de cerfs.
Comme on ne disposait pas toujours des services d’un mé- decin, c’était une autre personne qui se chargeait de cet office, un cuisinier, par exemple, comme dans le cas de Baudouin I er de Jérusalem en 1118, ou un boucher comme pour Henri Ier d’Angleterre en 1135. Ici, à côté des pratiques funéraires normales, il semble bien que le texte veuille souligner le traitement spécial réservé aux cœurs et à eux seuls. On les conserve à part et on a choisi des matériaux de prix pour les entourer (étoffe de soie et marbre blanc).
Ce cérémonial, ordonné par Charlemagne et réservé d’habitude aux rois, semble vouloir célébrer le courage et la fidélité du vassal qui se sacrifie jusqu’à la mort.
Source : Erudit.org